LE COLLECTIF, COMMENT ÇA MARCHE ?

Vivre en collectif, ça se pense et ça s'apprend ! Il existe autant de manières de fonctionner en collectif qu'il existe d'éco-lieux. Chez nous, nous utilisons différents outils et processus qui nous permettent de fonctionner au quotidien et sur du long terme, que nous allons tenter de vous présenter simplement.

De manière générale, nous fonctionnons grâce à l’intelligence collective (mise en commun des connaissances et savoir-faire de chacun.e), et aux processus (processus d’entrée pour devenir habitant.e et de sortie, par exemple) mis en place pour notre gestion du lieu. De nombreux outils nous sont également utiles dont la gouvernance partagée et l’autogestion que nous vous détaillons sur cette page.

La gouvernance partagée

Ici, le collectif fonctionne selon le principe de la gouvernance partagée. La gouverquoi ? On se met tout de suite dans le bain du jargon collectif ! La gouvernance partagée c’est une organisation où chacun.e a des rôles attribués selon son affinité, sans aucun rapport hiérarchique. Chacun.e tient donc ces rôles au quotidien, le but étant de pouvoir déléguer le pouvoir décisionnel à un pôle d’activités, sans que la demande de décisions remonte à chaque fois à chaque habitant.e. Pour les décisions importantes, il est évident que tous les habitant.e.s sont concerté.e.s, mais cela permet d’alléger le fonctionnement habituel lorsque chacun.e est en charge d’une activité (cf photo).

Le Journal Plouray, ou JP pour les intimes

Tous les jours sauf le week-end, après le repas du midi, le Journal Plouray fait son apparition journalière. Tou.te.s les habitant.e.s étant réuni.e.s autour du repas, nous en profitons pour sortir cahier et stylo lorsque le repas est terminé, pour faire un point rapide sur les informations à se partager. Nous y échangeons des informations comme : rdv à 18h30 pour un temps commun, qui souhaite aller au maraîchage cette aprem, telle personne arrivera tel jour à telle heure, j’ai perdu mes chaussons qui les a vus, je vais à tel endroit quelqu’un souhaite-t-il y aller aussi etc. Une fois le JP terminé, nous nous souhaitons une bonne après-midi, remballons le repas et vaquons à nos activités respectives.

Tableau de répartitions des rôles :

L’autogestion

Passons maintenant au concept d’autogestion. Pas plus ni moins compliqué que celui de la gouvernance partagée qui définit des rôles à long terme afin de pouvoir gérer le lieu (administratif, jardin, communication etc.), l’autogestion définit des tâches journalières afin de pouvoir gérer la logistique des repas, du ménage, de l’arrosage des plantes etc. Encore une fois, cela fonctionne sur la base du volontariat. Nous comptabilisons le nombre de personnes présentes dans la maison au début de la semaine, et déduisons combien de fois chaque nom devra apparaître sur le tableau (cf photo ci-contre). Ensuite, chacun s’inscrit en fonction des tâches qu’iel souhaitera exécuter cette semaine.

Le Programme hebdomadaire

Vivant à beaucoup au sein d’une même maison, les agendas, projets, et activités de chacun.e se croisent. Pour rassembler les informations importantes, nous avons donc créé un tableau mensuel et un tableau hebdomadaire sur lesquels nous inscrivons ces informations afin que tout le monde y ait accès facilement.

Les règles de vie

Vivre ensemble oui, mais avant tout vivre bien ! Et pour bien vivre à beaucoup, nous avons besoin de règles de vie dont voici les grandes lignes :
Ces règles sont opposables et évolutives
Chacun.e en est garant.e : 
ce sont des règles que chacun.e se doit d’appliquer d’abord à soi-même
–  Souveraineté : chacun.e est libre de participer ou non à une réunion, un projet ou une activité en conscience de ses propres limites physiques, mentales et émotionnelles.
Co-responsabilité : Nous sommes tou.te.s responsables ensemble du bon fonctionnement du collectif.
Bienveillance
Le respect de l’Autre : c’est-à-dire de tout ce qui est extérieur à « moi », que ce soit d’une autre personne, un animal, un être-vivant ou de la nature.
Confidentialité : sur demande d’au moins une personne
Toute violence physique ou verbale est strictement interdite.

Exemple de programme hebdomadaire :

 Les temps communs

Les temps communs sont le doux éther de notre fonctionnement, la goutte de sirop qui rend meilleure de l’eau un peu fade, la cerise sur le gâteau de ce midi, le socle de notre bâtisse, le cœur de notre collectif, le pilier qui nous unit et nous réunit une fois par semaine. Lors de ces temps hors du temps, nous commençons par un temps de centrage suivi de notre météo intérieure (tour de sentiments actuels).
S’ensuit alors le délicieux murmure nos invitations à communiquer selon tel ou tel principe pour le reste du temps commun en fonction des sujets à aborder.
Puis, le journal de bord fait son entrée, sciemment accompagné des
 indicateurs (point sur l’argent, les rôles de chacun.e, et le nombre d’habitant), et de la revue de projets (« où en est-on dans ce projet ? »).
Vient alors le clou du spectacle, celui.celle que tout le monde attendait, mesdames et messieurs, voici l’ordre du jour ! Nous y présentons le point que nous voulons aborder avec le besoin qu’il s’en suit.
Toutes palabres terminées, c’est au tour des célébrations de prendre leur place (la réparation des gouttière est terminé, ma grande-tante est enfin repartie, j’ai fait du stop pour la première fois de ma vie), suivies de la météo de déclusion (tour des sentiments après ce temps commun).

Si vous êtes visiteur.ses, vous serez évidemment convié.e.s à ces temps, mais en « bocal », c’est à dire que vous pourrez observer, mais ne pourrez pas participer oralement.
Ces temps communs sont dirigés par la mesure du.de la chef.fe d’orchestre qu’est le.a facilitateur.ice. (cette personne sera le guide impartial de cette réunion, et la rythmera en cadence ni trop lente, ni trop rapide). Le.a facilitateur.ice change à chaque temps commun et tous les habitant.e.s peuvent remplir ce rôle.

Les temps émotions

Comme certain.e.s partenaires ont parfois besoin d’une bonne thérapie de couple, ici aussi nous avons à cœur de se partager nos besoins et nos émotions. 
Nous avons deux types de temps émotions :
Les temps animaux : n’importe quel.le habitant.e peut invoquer ces temps, en fonction de son besoin. Par exemple, j’ai besoin que les choses se fassent lentement mais bien, pas dans le stress à la va vite, je demande un temps tortue.
Les temps triage : ce sont des temps où nous traitons chaque tension listée par tout.e.s les habitant.e.s.
Ce sont des temps d’écoute et de partage où chacun.e se livre et se dévoile, ce qui peut parfois être difficile. Il est donc important de rester dans le respect de l’Autre, et le non-jugement.

Nos sources de financement

Et pour finir en beauté, nous répondrons à LA question qui revient le plus, car oui, comme tout le monde, nous avons aussi nos dépenses, nos comptes et nos budgets à faire ! Alors comment ça marche en collectif ? Chacun pour sa pomme ? En mode on est solidaires mais bon là quand même on parle de fric… Ou bien au contraire mise en commun absolue de tous les revenus de tou.te.s ? Pas d’inquiétude, nous restons solidaires (sauf quand il s’agit de chocolat ou de fromage, nous ne répondons pas des actions qui seront commises si ces éléments se retrouvent dans notre salle à manger) dans les charges communes (eau, électricité, nourriture). Certain.e.s d’entre nous travaillent à mi-temps à côté, et dans ce cas là, les revenus restent à la personne qui a travaillé et ne sont pas mutualisés.

Mais alors, comment vivez-vous, allez vous nous dire ? Le premier point essentiel est déjà de vivre dans la sobriété (aussi bien énergétique, que matérielle ou alimentaire). Moins nous consommons, moins nous aurons besoin de dépenser, jusque là, logique ! Nous tâchons de rester vigilants sur notre consommation énergétique, et n’utilisons presque que des meubles de récup’ ou bien que nous avons fabriqués nous-même. Côté nourriture, les légumes viennent, pour la plus grande partie, de notre jardin ou bien du maraîchage que nous faisons chez les maraîchères du coin. Pour le sec (pâtes, lentilles, riz etc.), nous réalisons des commandes de grandes quantités. Nous avons également l’énorme chance d’avoir un lieu qui nous a été transmis par la congrégation des sœurs de Saint-Joseph de Cluny qui ne nous demandent pas de loyer mensuel.
Deuxième point pratico-pratique, pour gagner de l’argent à proprement parler, nous avons les activités proposées par notre association, les projets (comme les appels d’offre), mais surtout les participations conscientes des habitant.e.s et des visiteur.se.s, et bien sûr vos dons !

Les charges ne sont au final pas très élevées, grâce au fait que nous vivons en collectif. Pour une petite famille seule, elles seraient bien plus onéreuses. En ce sens, le collectif nous permet de vivre mieux car il nous permet aussi de travailler moins (sur le marché du travail, car à la maison il y a beaucoup de travail !). Il nous permet de sortir de la routine métro-boulot-dodo, car n’ayant plus autant de charges, nous ne sommes plus autant tributaires de l’argent. Si certain.e.s d’entre nous continuent à travailler, c’est donc par choix car ils aiment ce qu’ils font, et non plus par obligation pour payer le logement, les charges, la nourriture etc. Vivre en collectif nous permet d’être mieux dans notre peau car la charge mentale est également répartie : nous passons moins de temps à faire les courses, cuisiner, faire le ménage etc. que si l’on vit seul.e. Au final, chacun.e. cuisine d’une à trois fois par semaine, ce qui rend le geste de cuisiner bien plus appréciable que seul.e ou à deux, où il peut rapidement devenir fatigant à réaliser quotidiennement. Ce qui en retour, profitera à tout le collectif car lorsque nous aimons cuisiner, nous sommes plus enclins à concocter de bons mets !

☀ Conclusion : VIVE LE COLLECTIF ! ☀