De « La Bascule » à « Bascule Argoat »

De « La Bascule » à « Bascule Argoat »

Avril 2019 – Mars 2021

L’aventure commence en janvier 2019 sous l’impulsion de Maxime de Rostolan et des scientifiques du monde entier qui nous rappellent collectivement que nous sommes proches du point de non-retour climatique, avec un risque certain d’emballement de la machine climatique à court terme.

Ce point de Bascule et les risques qui en découlent ont servi d’aiguillon pour rassembler des étudiant.e.s de grandes écoles, en grève de leurs stages dans de grandes entreprises du CAC 40 et préférant dédier leur temps à un projet d’intérêt général, en espérant contribuer à éviter la catastrophe annoncée. Ces premières personnes engagées ont vite été rejointes par de nombreuses autres, souvent assez jeunes mais pas uniquement, avec des parcours bien différents, déjà engagées par ailleurs, ou d’autres dont c’était là le premier engagement, et quel engagement ! 

En effet, dès le mois de mars un lieu fût trouvé: une ancienne clinique désaffectée proche du centre ville de Pontivy, petite ville de 15 000 habitant.es du centre Bretagne. Un chantier participatif a réuni durant 3 semaines des bénévoles venus de toute la France afin de rendre le lieu habitable pour les 9 mois suivants. 

Le 1er avril 2019 débute un séminaire de gouvernance mené par l’Université Du Nous (UDN) qui permettra aux 80 personnes présentes d’élaborer la première mouture d’une organisation commune, démocratique et partagée. Cette organisation et les principes transmis par l’UDN, gouvernance en cercle, élection sans candidat.e.s, décisions par consentement, ont apporté une richesse et une pratique collective précieuse et somme toute assez rare. En effet, pendant 9 mois plusieurs centaines de personnes vont séjourner dans la “Clinique de la Transition” à Pontivy et expérimenter ces méthodes. Le nombre de personnes permanentes, bénévoles à temps pleins, oscille entre 30 et plus de 100 personnes durant cette période.

Il serait difficile et assez long de raconter le foisonnement de projets menés durant cette période et le nombre d’enseignements individuels et collectifs que cela a permis. Pêle-mêle on peut en citer quelques-uns : soutenir les listes participatives, faire du lobbying citoyen, organiser un festival des transitions, essaimer la fresque du climat, dynamiser les nouveaux récits d’un futur souhaitable, initier à la gouvernance partagée, apprendre la permaculture, … Finalement et avec le recul, la plus grande réussite de toutes, c’était la Clinique elle-même, carrefour de toutes les transitions, lieu de rencontre, de formation, de vie !

Ce qui est certain et ce dont on pouvait se douter, c’est que l’on ne peut changer le monde en quelques mois et que la promesse de parvenir à répondre à l’enjeu du point de Bascule en un temps aussi court était illusoire. Ce dont on peut être absolument certain c’est que durant ces 9 mois de présence à Pontivy, toutes les personnes qui ont vécu au sein de ce collectif ont énormément appris, découvert, pratiqué, rencontré, expérimenté avec une intensité rare qui est lié notamment au fait de vivre et travailler ensemble en gouvernance partagé pendant plusieurs mois avec une brassage incroyable de personnes différentes.

L’hiver approchant, la clinique est devenue de plus en plus difficilement vivable. Vous pensez-bien, un bâtiment de 6 000m2 conçu dans les années 60 et dont les murs extérieurs ne dépassent pas les 5 cm d’épaisseur, sans aucune isolation ni chauffage: il était temps de trouver d’autres lieux et d’explorer d’autres horizons. 

C’est ainsi que la Clinique fut vidée de tout ce que nous avions récupéré, aménagé, embelli, pour être abandonnée de nouveau à son triste sort. Et différents groupes se sont dispersés dans toute la France.

Pour ma part, après avoir vécu l’intégralité de l’expérience à Pontivy, j’ai suivi un petit groupe de 10 basculeureuses qui ont choisi de rénover un vieux bâtiment dans la campagne du centre Bretagne. Le bâtiment, l’ancienne lingerie de l’Abbaye de Langonnet, nous a été confié par une congrégation de religieuses. Il a été inoccupé pendant 8 ans et il est en bon état général, même si la rénovation des années 70 commence à dater et comporte évidemment de nombreuses imperfections !

Le changement de dynamique était plutôt agréable. Nous sommes passés d’un groupe de 30 à 40 personnes dans 6000m2 à un groupe de 10 personnes dans 800m2. Les dynamiques sont très différentes, plus chaleureuses, plus familiales en quelque sorte. Le nouveau collectif se met en place, les travaux commencent sérieusement pendant le premier confinement et nous organisons ensuite trois chantiers participatifs durant l’été 2020. Le lieu est de plus en plus accueillant, le nombre d’habitant.e.s augmente jusqu’à atteindre 15 personnes au bout de 14 mois. 15 était le seuil maximum que nous nous étions fixé afin de pouvoir toujours accueillir 10 personnes extérieures au collectif. 

A partir du mois de mars 2020 l’association “La Bascule” démarre sa mutation sous forme d’un “Archipel Coopératif” et 5 îles se dessinent, toutes issues de l’expérimentation de Pontivy. 

La Bascule fêtera ses deux ans le 1er avril et son histoire est déjà riche, elle a changé plusieurs fois d’architecture de gouvernance. Aujourd’hui elle expérimente le concept d’archipel et chacun des collectifs qui la compose développe ses propres expérimentations, sa propre vision des transitions, ses propres équilibres, choix, espoirs, réseaux, etc… Mais nous gardons toutes et tous en tête que nous faisons partie d’un écosystème social et environnemental et que nous pouvons nous mettre au service des territoires, des humains et de notre environnement.

Aurélien Vernet

La publication a un commentaire

  1. Très belle aventure.
    Que la fête continue !
    Et qu’il y ait de plus en plus de Bascules !

    Pierre
    Campus de la Transition

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